« N'est pas mort ce qui à jamais dort et au cours des siècles peut mourir même la mort » Ainsi parlait, non pas Zarathoustra, mais l'arabe fou Abdul Al-Hazred lors de la rédaction du Necronomicon. Que les profanes fuient cette page ! Car ici est en jeu des forces qui vous dépassent tous autant que vous êtes. Les autres, oui vous, qui êtes accoutumés des récits du maître de l'horreur, l'épouvante et l'anxiété maladive, j'ai nommé Howard Philips Lovecraft ! Restez et venez écouter les horribles flûtes et tambours aux rythmes tout droit venus des profondeurs terrestres qui vont feront plonger dans les abîmes cyclopéennes de R'lyeh, la cité sous l'eau.
Vous l'aurez compris donc ici, on parle de Cthulhu, Nyarlathotep, Azathot ou encore Cthuga. Même si le « mythe » aura été utilisé par beaucoup de musiciens dans le milieu du métal (plus ou moins bien), il n'y avait, à ma connaissance, que l'album des américains de Catacombs (« Into The Depths Of R'lyeh ») et leur funeral doom très spécial à baser tout le concept d'une formation sur l'univers lovecraftien. On peut également citer l'album Requiem Tenebrae de Nehëmah. Mais plus encore qu'une adaptation musicale du Mythe, il s'agit ici d'une ré-adaptation de ce dernier. En effet, Cthulhu a remisé son côté mystico-anxiogène pour s'offrir une tenue de dictateur. Projet quand même très ambitieux, il faut le dire, que de reprendre une divinité aussi illustre que Cthulhu à son compte (espérons que les plus extrêmistes des Cultistes ne préparent pas d'attentats sur la tour Eiffel), maintenant il faut que le résultat suive !
La musique de DiktaCthulcu apporte donc cette teinte totalitaire, par rapport à la première tape qui elle restait beaucoup plus sombre et mystique, grâce notamment à une boîte à rythme oppressante, très vive et violente (« Enter The Hadal Zone »). Le riffing global de la production est lui aussi très pêchu, très accrocheur. Mais n'allez pas croire que cette dictature tentaculaire nous gave de blasts beats insipides et de rythmiques sentant méchamment le surgelé. Loin de là, des passages beaucoup plus aériens et planant s’imbriquent parfaitement dans ce flot continue d’agressivité venue d'ailleurs. Le one man band n'oublie pas d'insérer, au sein de sa musique, une double lecture véritablement géniale. En effet, si le rythme globale de ce DiktaCthulhu est tourné vers une musique plus directe, il n'en n'oublie aucunement la face mystique de l'oeuvre d'HPL. Ainsi, on se retrouve très facilement sur une ambiance franchement prenante, quasiment abyssale, se liant parfaitement avec l'aspect totalitaire mis en avant plus haut. On a même le droit à un excellent morceau totalement ambiant (« Vampyroteuthis Infernalis ») très abyssal encore une fois (ça devient une marotte), très subaquatique, on se sent véritablement projeté dans cet univers sous marin si menaçant. On peut également dégager de belles influences thrashisantes par endroit, notamment sur l'excellent « My Sunken World » véritable casse nuque !
La production quant à elle est véritablement tip top pour ce genre de sortie. Ni trop propre pour un en faire un machin lisse et sans âme, d'autant plus pour le concept, ni trop sale pour en faire un énième chapitre oublié de la musique extrême. C'est véritablement une réussite totale pour cette seconde tape de Fissür qui nous plonge dans une face du mythe que l'on aurait pas forcément vu au premier coup d'oeil, une interprétation assez personnelle, je pense, qui vaut son pesant de cacahuètes. Limitée à 234 exemplaires, je ne saurais à quel point vous recommander de vous jeter dessus sans attendre ! Support & don't fuck with Cthulhu !