DerNIERES CHRONIQUES :


Entretien réalisé à Bruxelles par Forster et Chris le 27/02/12.

2012 est aussi l’année du retour de Dragonforce, dont nous avons pu rencontrer le guitariste star, Herman Li, accompagné du nouveau chanteur de la formation, Marc Hudson, inconnu notoire jusqu’il y a peu, mais qui fait tout doucement sa place dans le haut du tableau des chanteurs de heavy metal. Cet entretien était la parfaite occasion de discuter avec lui de son intégration dans le groupe ainsi que des autres changements qui ont eu lieu au cours de l’année qui vient de passer.

Salut les gars ! Alors vous êtes passés à la radio hier soir (ndlr : sur Studio Brussel), comment ça s’est passé ?
Herman Li : Très bien, c’était cool !
Marc Hudson : C’était juste un peu étrange parce que nous n’avions pas été prévenus que nous serions filmés tout le long donc nous ne nous attendions pas trop à ces caméras en entrant dans la pièce (rires).

Vous passez souvent en radio ? Parce que c’est pas courant pour des groupes de metal de passer sur des grosses chaînes.
Herman Li : Oui, ça arrive assez régulièrement, surtout en Angleterre, il y a même une émission metal sur une chaîne de la BBC.

Marc, tu es dans le groupe depuis à peu près un an maintenant, comment ça s’est passé depuis lors ?
Marc Hudson : Très bien, nous avons été fort occupés, nous avons fait pas mal de choses, enregistrer le nouvel album entre autres. Mais nous avons aussi fait quelques concerts, nous étions en support d’Iron Maiden l’année passée, et nous sommes allés jouer sur la côte ouest des États-Unis puis il y a aussi eu ce festival en Finlande sur un ferry. Nous n'avons pas arrêté, c’était dingue.

Vous avez joué sur un bateau ?
Oui, c’était une expérience intéressante…je pense que je n’avais jamais vu autant de personnes bourrées à un même endroit ! (rires)
Herman Li : Ouais c’était terrible !
Marc Hudson : J’adore aller en Finlande, c’est toujours la folie là-bas !

Marc, si je comprends bien, tu travaillais à plein temps avant d’intégrer le groupe, ça a dû être un changement énorme dans ta vie, non ?
Oui oui, tout à fait, j’ai plus ou moins eu une centaine de jobs différents et je pouvais difficilement penser à quelque chose de plus différent avant ça. Quand on bosse, on est à fond dedans, on est très occupé et puis il y a des moments où il faut juste attendre ; ce n’est pas la même chose que de se lever tous les jours pour aller travailler mais c’est épuisant aussi (rires).

Tu fais un très bon boulot sur les anciens morceaux, qui n’ont cependant pas été composés pour ton timbre de voix ; comment ça s’est passé pour toi, d’apprendre à maîtriser tout ce répertoire ?
Je suis toujours en train d’apprendre, je n’ai jamais fait qu’une bonne dizaine de concerts. Le travail de base est fait, le plus dur reste de se souvenir de toutes les paroles. C’est toujours une page complète de paroles, ça fait beaucoup.

Tu as déjà pensé à un prompteur ?
Ça me faciliterait la vie (rires).
Herman Li : Je ne le permettrais pas ! Je ne lui permets même pas de lire les paroles en studio.
Marc Hudson : Oui, pour les nouveaux morceaux. Je lis les paroles entre les prises et je retourne enregistrer.
Herman Li : C’est pour l’expressivité naturelle, la spontanéité. Si tu connais les paroles, tu peux enregistrer en y mettant tout ce que tu as dans ton cœur, tu peux même avoir une certaine liberté de mouvement. Si tu lis, tu es à moitié en train de réfléchir, à moitié en train de lire et à moitié (sic) en train de chanter.

Vous avez déjà sorti un premier morceau (« Fallen World ») pour cet album, quelle réponse vous avez ?
l’album, qui est bien plus varié que les anciens, il y a des morceaux plus lents…

Des morceaux plus lents ? (rires)
Oui… Enfin, tu vois ce que je veux dire ; mais pour « Fallen World », on s’est dit c’était une bonne chose de revenir avec un bon morceau rapide et épique pour relancer les choses avant que les fans n’entendent le reste des morceaux.

Il y a un clip de prévu pour ce morceau (ou pour un autre) ?
Le truc, c’est que ce morceau n’est pas vraiment le premier single… Il n’y aura pas de clip pour celui-là. Ceci dit, il y a une vidéo live du morceau, filmée en HD, qui va être montée, pour que les fans aient des images de Marc sur scène. Je dois finir le montage, c’est sur mon ordinateur (rires), ça sortira avant la sortie de l’album.

Pour vous, qu’est-ce qui différencie cet album des autres albums du groupe ?
Je mentionnerais surtout le fait qu’il y ait des chansons mid-tempo, ou plus lentes. On a quelques riffs plus heavy, vocalement, le champ est plus large aussi… Nous avons mélangé plus de choses, c’est plus dynamique que jamais. Il y a aussi pas mal de différences au niveau de la composition ; en général on se contentait d’écrire les morceaux et de filer droit au studio. Cette fois on a pris le temps de jouer les morceaux, d’essayer des choses, nous avons pas mal répété avant d’aller en studio, ce qui fait pas mal de différence. Quand tu entends l’album par après, tu sens beaucoup plus l’énergie qui s’en dégage. C’était beaucoup plus « live » cette fois-ci, plus comme un groupe que chacun dans notre coin avec l’obsession de jouer parfaitement. Et nous sommes convaincus que les fans s’en rendront compte.

J’ai cru comprendre dans une autre interview que vous n’aimiez pas trop enregistrer, je suppose que votre opinion sur la question a changé ?
Oui, tout à fait, c’est même pour ça que nous avons décidé de changer notre façon de faire. Auparavant, c’était juste stressant, écrire les morceaux, les enregistrer, être pendant des mois devant un ordinateur à refaire des prises etc. puis partir en tournée et ensuite la même routine ; tu te retrouves à fonctionner comme une machine. Là, nous avons pris le temps, nous avons répété avec Marc pendant un mois quasi tous les jours, pour « être » un groupe ; nous y avons pris du plaisir et ça se reflète dans la musique.

Marc, tu as participé à l’écriture des morceaux ?
Marc Hudson : Non, les morceaux étaient déjà écrits quand je suis arrivé mais il y a eu des changements, surtout au niveau de certaines notes, pour qu’elles soient plus adaptées à ma voix, mais je n’ai réellement rien écrit.
Herman Li : Effectivement, la plupart était déjà écrit, mais nous avons arrangé les chansons avec lui.

On a pu lire que vous n’aimiez pas trop expliquer vos paroles, mais ça vous ennuie de nous parler un peu des sujets que vous abordez dans le nouvel album ?
Eh bien cette fois, nous expliquons tout. Dans le livret de l’album, on dit de quoi parle chaque morceau. Nous avons juste décidé de changer notre façon de faire, d’envoyer chier nos vieilles règles… La preuve, nous avons deux chansons mid tempo ! (rires) Nous nous sommes toujours refusés à avoir la moindre la ballade, et nous voilà avec un morceau entièrement acoustique, sans effets ni rien, juste Marc et la guitare… Pour en revenir aux paroles, nous abordons des sujets qui nous préoccupent à propos de ce qui se passe dans le monde actuellement ; nous parlons de la catastrophe de l’année passée au Japon… « Seasons » est à propos de notre bassiste, qui a traversé une sale période l’année passée… On parle de laisser le passé derrière soi et d’aller de l’avant.

Il y a un titre de morceau en français sur l’album (« Avant la Tempête »)…
Oui, c’est le morceau instrumental (rires). Nous avons décidé d’avoir un titre français sur l’album. Mais c’est une bonus track, c’est dans le digipack.

CVous vous sentiriez à l’aise de jouer avec un batteur autre que Dave ? Il est juste incroyable !
Nous jouons avec lui depuis 2003…c’est une question difficile parce qu’on adore faire de la musique, et on aime jammer évidemment. Mais c’est sûr que pour Dragonforce, il peut jouer vite et longtemps sans être fatigué, et de façon super précise.
Marc Hudson : C’est une machine, je ne l’ai jamais entendu faire la moindre erreur jusqu’ici, c’est dingue.

Vous êtes connus pour vos morceaux toujours plus rapides. Vous essayez de repousser une sorte de limites ?
Disons que cette fois-ci, nous les avons repoussées autrement en changeant notre dynamique. Je ne dis pas que nous puissions faire ça à chaque album, mais je pense que c’est ça qui définit le nouveau disque.

Herman, tu soulèves souvent ta guitare par le vibrato sur scène, comment tu fais pour que ça ne casse pas ?
Herman Li : C’est une des raisons pour lesquelles je joue avec des guitares Ibanez… Le vibrato est toujours plus perfectionné. Les autres marques restent pendant 10 ans sur le même système, tandis qu’Ibanez améliore constamment son matos. En l’occurrence, ma guitare est la plus solide à ce niveau-là. J’ai mon propre modèle, avec un manche assez fin, ce qui facilite le jeu rapide.

Vous vous échauffez avant de jouer ?
Marc Hudson : Je dois le faire oui, je me prépare une demi-heure avant de monter sur scène, et le matin si j’ai l’occasion de le faire, donc deux fois dans la mesure du possible, pour m’assurer que tout soit bien prêt.
Herman Li : Pendant une heure, avant un ampli, pour m’entendre jouer, parce que ce n’est pas tant m’échauffer les doigts que le cerveau, j’ai toujours besoin de me rappeler les morceaux, plus que de savoir les jouer. Quand nous serons rentrés de la tournée de promo, nous allons nous remettre à répéter… En soi là, je devrais être en train de jouer de la guitare constamment pendant que je te parle (rires) !

Vous êtes connus pour être de grands fêtards, c’est toujours le cas ? (rires)
Pas autant qu’avant, pour être honnête. On le fait toujours, mais maintenant nous nous assurons que le show n’en pâtisse pas. A l’époque, on s’en foutait un peu, et on jouait de la merde… Donc nous nous sommes calmés, mais nous n'en sommes pas ennuyeux pour autant ! (rires)

Marc, quels ont été les chanteurs qui t’ont inspiré ?
Marc Hudson : Pour ce style de musique spécifiquement… Michael Kiske de Helloween, Sebastian Bach de Skid Row, Michele Luppi de Vision Divine (ndlr :notons que plus aucun de ces trois chanteurs n’officie dans les groupes cités), ce sont les trois principaux… Ou encore peut-être James LaBrie de Dream Theater.

Vous êtes fondamentalement allés partout dans le monde, il y a de grosses différences entre les publics ?
Herman Li : Il y a des différences en fonction de culture, qui n’est pas la même aux Etats-Unis qu’en Amérique du Sud ou en Asie… Ils aiment la même musique, ils ont juste une façon différente de le montrer. Au Japon tu démarres face à un océan de crowdsurfing, tandis qu’en Amérique, les gens ont plus tendance à se cogner dessus…

La question peut paraître bête mais, est-ce que vous avez le temps d’écouter de la musique ?
Oui ! … (en se tournant vers Marc) et toi ?
Marc Hudson : Oui, j’ai le temps d’en écouter…

Et qu’est-ce que vous écouter ? (rires)
Herman Li : J’aime écouter Tony McAlpine, le dernier album de Lavett...
Marc Hudson : La musique que j’adore vraiment écouter n’a pas toujours forcément un grand rapport avec le metal…

(Forster : ) C’est pas grave, la mienne non plus (rires) !
Ah ! J’adore Yes, Rush, Genesis et les trucs comme ça… J’adore Dream Theater.

Si vous pouviez choisir des groupes avec qui partir en tournée, n’importe lesquels, qui ce serait ?
Herman Li : Pour moi, honnêtement, là maintenant, je ne me pose pas la question. Ça peut être cool de tourner avec n’importe qui, tant qu’on s’amuse. Je veux surtout me concentrer sur un bon show de tête d’affiche, et m’assurer que le public reçoive le maximum. Nous avons beaucoup tourné, avec pas mal de groupes, avec Helloween, Disturbed…

Oui, justement, avec Disturbed, c’est super différent musicalement, comment c’était ?
C’était aux States, et le marché américain est vraiment différent, le line-up est souvent assez varié. C’était une très chouette tournée, nous étions leur support direct, dans des vraiment grandes salles. Nous faisions des signing sessions, et des fans avec leurs t-shirts Disturbed et Slipknot venaient nous dire qu’ils avaient aimé le show ou l’album… Pour nous ça voulait dire qu’on avait réussi à toucher un public différent de celui qu’on a l’habitude d’avoir en face de nous. En général, la notion de metal recouvre quelque chose de beaucoup plus agressif en Amérique, beaucoup des gamins là-bas n’ont jamais entendu parler d’Iron Maiden. Donc quelque part nous avons ouvert les yeux à pas mal de personnes, sur le fait que le metal puisse avoir un aspect mélodique.

Vous êtes dans l’industrie du metal depuis une dizaine d’années maintenant, vous en pensez quoi ? Et qu’est-ce tu dirais à propos de son futur ?
Le plus important à mes yeux c’est qu’il y ait toujours de tout. Même si ce que j’aime se situe dans la partie la plus mélodique du metal, je pense qu’il doit continuer à y en avoir pour tous les goûts, et que les gens doivent pouvoir avoir le choix.
Marc Hudson : Je ne suis pas dans ce milieu véritablement depuis longtemps mais de manière générale je suis assez d’accord avec Herman. J’ai toujours été du côté mélodique des choses, mais je pense aussi qu’il devrait y avoir de tout.

Vous avez des side projects, ou l’idée d’en avoir ?
Herman Li : Il n'y a pas le temps pour le moment ! (rires) Pas assez pour pouvoir en profiter en tout cas.

Vous savez ce qu’il en est de vos prochaines dates dans le coin ?
Il me semble que notre prochain passage en Belgique sera en tant que tête d’affiche, mais la tournée sera plus courte que la dernière qu’on a fait… Nous avons joué 256 concerts en un an, en passant plusieurs fois dans chaque pays, nous ne passerons qu’une fois pour la prochaine tournée.

Vous voulez encore ajouter quelque chose ?
Nous avons hâte que les fans entendent l’album, et tu peux ajouter ce que tu veux à ce qu’on vient de dire si tu penses que ça a du sens ! (rires)

Line-up :

Marc Hudson (chant)
Herman Li (guitare)
Sam Totman (guitare)
Fred Leclercq (basse)
Vadim Pruzhanov (guitare)
Dave Mackintosh (batterie)

Discographie :

Valley of the Damned (2003)
Sonic Firestorm (2004)
Inhuman Rampage (2006)
Ultra Beatdown (2008)
The Power Within (2012)

Site Officiel :

www.dragonforce.com